Il est salvateur qu’aujourd’hui on puisse parler du cycle féminin. C’est un enjeu capital pour la reprise de liberté et de pouvoir des femmes sur leur corps. Pour moi, c’est passé par cette compréhension profonde de mon cycle et de ce que ça fait sur mon cerveau, sur mon énergie, ma productivité et mes comportements. J’ai pu comprendre bien des choses sur mon énergie cyclique et les symptômes variables du TDAH.
Première préoccupation : ne pas tomber enceinte
Toutes les femmes connaissent l’effet des règles, leur durée et comment le gérer (comme si c’était un véritable problème supplémentaire). On vient leur parler de leur règle comme une contrainte et résultat on le vit toute notre vie comme une chose gênante. Sauf qu’on oublie tout le reste du cycle et l’impact qu’il a sur nous, sur notre quotidien et notre énergie pour travailler, socialiser, résoudre des problèmes…
Avant de m’y intéresser vraiment, je pensais que le cycle menstruel était vraiment important qu’au moment des règles et je le vivais toujours mal. Je blâmais le fait d’être une femme. Il faut dire qu’on m’y a un peu conditionnée.
Les premières infos
Merveilleux d’être une jeune fille à 13 ans lors de tes premières règles, on te parle surtout d’une préoccupation “ ne pas tomber enceinte”. Et pour ça lors de l’adolescence, on commence à te parler de contraception, de pilule, d’une grosse responsabilité que tu auras sur les épaules. On te parles aussi des maladies sexuellement transmissibles. Du moins, moi c’est ce que j’ai vécu à l’époque ! J’espère vraiment que ça a beaucoup changé. Parce qu’on m’a beaucoup parlé de responsabilités, de problèmes, de faire attention à plein de choses mais on ne m’a jamais parlé du plaisir féminin.
Première pilule
Prendre la pilule, c’était alors une affaire dans la période de l’adolescence. Je me souviens que c’était se sentir “femme” parce que ma mère la prenait et ma sœur la prenait également. Ainsi avec la pilule, j’étais un peu protégée de cette contrainte de tomber enceinte. Par contre, ce que je ne savais pas, c’est que ça mettrait d’autres problèmes sur ma route.

Je n’ai jamais rencontré un garçon/homme avant mes trente ans qui se souciait de la prise de ma pilule. Et l’éveil puissant autour de ça en ce moment est plus que jamais important. Rien n’est normal : une responsabilité démesurée très jeune et toujours seule une grande partie de ma vie malgré des rapports pas toujours protégés. La réalité, c’est que toutes les femmes ont connu ce poids de la responsabilité pour deux.
Les effets sur l’émotionnel
La contraception hormonale a eu sur moi, un effet « exacerbant » des sentiments négatifs et du syndrome dépressif. C’était un syndrome prémenstruel violent avec des migraines hormonales (voir plus bas SPM) en plus des migraines liées à mon hypersensibilité visuelle. J’ai pris la décision de l’arrêter quand j’ai décidé de prendre soin de moi et de mon corps et que je commençais à ne plus me reconnaître deux jours avant les règles.
Je voulais faire un espèce de sevrage des substances médicales, traitement et autre (doliprane, ibuprofène, pilule, soda, etc…). Je ressentais ce besoin.
Purge intégrale
L’arrêt de la pilule a provoqué une réaction étrange sur mon corps : des règles incessantes pendant 3 semaines/un mois. Ma médecin était très étonnée de cette réaction, elle s’inquiétait des carences possibles et m’a supplémenté en fer. J’ai la sensation avec le recul, que mon corps a effectué sa propre purge avant de reprendre un réglage « normal ». Et même après ce passage, les mois qui ont suivis étaient compliqués physiquement et émotionnellement.
C’est là où j’ai trouvé que la contraception féminine nous rend totalement dépendante d’un système : c’est un cercle vicieux, une fois commencé, difficile d’en sortir.
Je voulais me réapproprier mon corps. J’ai compris que j’étais aussi plus sensible à cause de mon hypersensibilité (que je comprends maintenant lié à mon TDAH, voir article diagnostic), j’y reviens plus bas dans l’article.
Retrouver mon corps
Ce n’est que ces trois dernières années que j’ai commencé réellement à retrouver mon corps entièrement et pour ça, il fallait déjà que je lui foute la paix. Il fallait que j’arrête de devancer d’éventuelles douleurs, que j’arrête de vouloir changer les hormones, que j’arrête de vouloir le changer avant qu’il s’exprime pleinement. J’ai compris que ce n’était pas une solution de vouloir éteindre les cris du corps : les douleurs, les inconforts, les dysrégulations, des fluctuations etc.
Vouloir les éteindre, c’est vouloir les fuir au lieu de les écouter pour mieux les comprendre.
C’est seulement quand mon corps s’est exprimé que j’ai pu ajusté ce qui me correspondait et que j’ai pu atténuer des symptômes maintenant mieux explicable avec les fluctuations hormonales de mon cycle et de mon TDAH.
Vivre les 4 saisons
Je vous invite à réapprendre votre corps féminin et le fonctionnement de votre cycle, surtout si vous avez un TDAH. Nous vivons les 4 saisons intérieurement et ça avec plus d’intensité que la moyenne.

Hiver (eh ouais notre cycle commence par l’hiver, wtf) : les règles, la période d’observation et de calme. Un respect du temps de repos est nécessaire et adaptation d’une alimentation plus riche en fer et en protéines.
Printemps : La période après les règles, qu’on appelle phase folliculaire, c’est une grande remontée d’énergie dans le corps. Cette phase englobe le printemps et l’été donc la période qui suit les règles et la phase d’ovulation. C’est dans cette période qu’on ressent moins les effets du TDAH. Personnellement c’est sur la période printemps que je suis la plus efficace dans mes projets et activités.
été : Les jours fertiles, la période d’ovulation. C’est le pic d’énergie, limite trop débordante pour moi. C’est une phase où la libido est en augmentation. Pour moi, c’est à ce moment là que j’ai besoin de plus canaliser mon énergie. Et je fais partie des femmes qui peuvent ressentir des douleurs pendant l’ovulation, ça dépend des cycles.
Automne : La redescente hormonale, après une ovulation sans fécondation, le corps va vers la période de règle avec le syndrome pré menstruel. Pour ma part cette période est difficile mentalement, c’est beaucoup d’agitation intérieure, des émotions difficiles sur deux jours particuliers. Ce que je ressens, c’est surtout un brouillard mental, et une sensation d’être plus dans ma tête que dans le moment présent.
Les transitions entre les phases
Il est aussi extrêmement important de comprendre que les transitions entre les phases ne sont pas toujours parfaites et parfois on peut le vivre et le ressentir intérieurement. Le changement entre la phase été/automne est assez brutale pour moi, je ressens souvent de la colère à ce moment là. Je me dis que le corps réagit en fonction de sa nature à vouloir procréer.
Cycle et TDAH : quel est le lien ?
Il y a un peu plus de trois ans, j’ai commencé à tracker mon cycle avec une appli mais sans prendre de note spécifiquement, je ne savais pas du tout comment faire, je notais uniquement mes règles.
Mais en travaillant en auto entrepreneuse, je me rendais compte que j’avais une énergie et une productivité qui faisait des pics passant d’un extrême à un autre, puis en essayant de respecter un peu plus mon rythme, je voyais bien qu’à certaines périodes c’était plus clair pour moi, plus facile. Je pouvais être hyper productive et avoir un focus parfait, puis sur certaines phases je ne pouvais rien faire pendant plusieurs jours.
Il y a un peu plus d’un an, je m’interrogeais sur une potentielle énergie cyclique et une productivité cyclique également. Ces derniers mois, j’ai pu faire le lien entre mon cycle menstruel, les effets de mon TDAH et ma productivité.
Cycle menstruel sensible
Le TDAH me rend plus sensible aux variations hormonales, je suis littéralement quatre femmes différentes pendant le mois. La phase prémenstruelle étant la plus difficile et celle qui me rend plus vulnérable au stress et à l’anxiété.
En me renseignant sur le lien entre les fluctuations hormonales du cycle menstruel et le trouble du déficit de l’attention, j’ai trouvé des informations qui expliquent que les symptômes du trouble augmentent en phase lutéale.
Voici un schéma pour mieux comprendre :

Dans les ressources citées en bas de l’article, on trouve les détails qui expliquent pourquoi les symptômes sont impactés par les fluctuations hormonales. Pour faire simple : la phase folliculaire amène une montée d’œstrogènes et ça aiderait à calmer le déficit de dopamine et de noradrénaline (les deux neurotransmetteurs qui posent problème dans le TDAH).
Reconnecter avec ma nature de femme m’a réconciliée avec ces fluctuations. Je me battais pendant les phases où je n’y arrivais pas, je luttais contre ma propre nature pour être tout aussi productive pendant les trente jours de mon cycle mais ça ne fonctionne pas.
C’est une auto torture dictée par la société actuelle qui, de base, est fonctionnel à partir de sujets masculins et à qui on demande en plus d’être toujours plus productifs.
Alors oui, pour se respecter en tant que femme, le fait de travailler en tant que salarié n’aide pas du tout, c’est clair. Si j’ai pu le faire c’est sur tout le temps ou je ne travaillais pas et quand je le faisais, le fait de travailler depuis chez moi était essentiel.
De nature cyclique
On sait que le TDAH fonctionne avec des cycles, mais c’est encore plus le cas pour une femme qui est de nature cyclique de base. D’ailleurs on dit depuis des lustres que la femme est reliée à la nature, à la lune et l’homme est associé au soleil. Ce n’est pas pour rien. Nous avons constaté depuis longtemps ce fonctionnement cyclique.

C’est donc contre nature de vouloir l’ignorer sous prétexte de devoir être toujours disponible, toujours plus présente pour les autres et toujours au top professionnellement.
SPM – Syndrome prémenstruel
Il est vraiment difficile d’imaginer que certaines femmes ne vivent pas le syndrome prémenstruel quand soi-même on est largement habitué à voir des femmes qui souffrent avant et pendant leur règles. Je souffre du syndrome prémenstruel depuis longtemps comme si c’était « normal ».
Ce sont encore des symptômes qui se rajoutent à ceux du TDAH.
Quels sont les symptômes du syndrome prémenstruel (SPM) ?
- douleurs en bas du dos
- seins douloureux et tendus
- augmentation de l’anxiété et du stress
- fringales et envies de sucre
- fluctuation de l’humeur rapide
- des larmes et émotions dérégulées (réaction émotionnelles beaucoup plus intenses)
- migraines, maux de tête
- difficultés de concentration
- irritabilité
- trouble du sommeil
Et il existe des exceptions où les symptômes sont exacerbés de ce syndrome qui amène au trouble dysphorique prémenstruel. C’est un trouble à prendre très au sérieux au vu des conséquences qui peuvent être lourdes sur la santé mentale.
Pour une femme qui a un TDAH + le SPM, la descente hormonale avant les règles = beaucoup plus de symptômes et un TDAH en roue libre.
Pour ma part, j’ai une version « légère » du TDAH. Quand je le ressens, c’est surtout dans les oublis que je peux faire, les objets que je laisse trainer dans des endroits improbables, la baisse d’énergie beaucoup plus rapide, le brouillard mental, l’anxiété monte, je me disperse beaucoup plus facilement, j’ai du mal à écouter surtout sur cette période les longues phrases, les longs discours.
Sur cette période, je dois absolument continuer le sport pour canaliser mon anxiété et mon mental envahissant, et c’est très difficile car c’est la période où je veux en faire le moins. J’essaye alors d’adapter des séances plus douces et plus courtes mais régulières.
Tracker son cycle menstruel
C’est d’une importance capitale : tracker son cycle menstruel. Le fait de suivre au jour près et dans les détails mes changements d’humeur, d’énergie, m’a énormément sauvé de l’auto flagellation.
Suivre son cycle c’est accepter que tout ça est un processus du corps, on a besoin de refaire équipe avec son propre corps pour ensuite trouver des solutions.
Les meilleures applications pour suivre son cycle sont souvent les plus connues : Flo par exemple est une app très détaillée, il y a une utilisation gratuite qui permet déjà une utilisation très suffisante.
En ce qui me concerne, j’utilise l’app d’Apple « Santé » qui est incluse dans un iPhone. Je met le maximum d’infos y compris la qualité de la glaire quand je le peux. Je prévois également de mettre la température avec un usage prochain de la symptothermie.
Ce que ça change dans ma vie de femme
Déjà sans la température, j’ai une visualisation très précise d’où j’en suis dans mon cycle et de l’arrivée de mes règles.
- Je n’ai plus besoin de pilule pour me dire quand est-ce que ça va arriver
- J’ai réappris à me faire confiance sur les ressentis que j’ai de mon corps : avec un contraceptif, on ne se pose jamais la question
- Je suis plus indulgente avec mon SPM, je le comprends mieux
- J’ai toutes les données précises pour parler aux médecins et ma sage-femme
- Je connais mieux mon corps et ce dont il a besoin en fonction de mes phases
- Je commence à bien savoir quand je suis fertile et quand je ne le suis pas
- Je suis plus indulgente avec les symptômes liés au TDAH
Dans le couple
Partager son suivi de cycle avec son/sa partenaire mais encore plus avec un homme si vous êtes hétéro. Dans mon couple, nous avons testé uniquement Flo qui permet de faire cette démarche. C’est capital pour une meilleure communication que ce soit dans la vie sexuelle ou sur les échanges qui peuvent être plus compliqués lors du SPM.
La prise en charge
Malheureusement dans ma vie, je n’ai pas encore rencontré de médecin qui me demande à quelle période de mon cycle je suis sauf les sages-femmes et gynécologues bien sûr. Ce que je trouve dommage, quand on sait combien ça nous impacte à tous les niveaux. Et surtout sur le TDAH et la santé mentale.
Selon moi, les psychiatres surtout devrait commencer sérieusement à s’y intéresser et à poser la question à leurs patientes. Pourquoi séparer gynécologie et santé mentale ? Les deux domaines devrait largement communiquer pour une meilleure efficacité.
TDAH au féminin
Les recherches plus poussées sur les effets du TDAH chez les femmes sont beaucoup plus récentes et on peut peut être espérer une progression de la formation des médecins en France sur ce sujet.
Les femmes ont grandement besoin de cette progression et de mieux comprendre leur corps.
Les ressources qui m’ont aidé à écrire cet article
Livre :
Vidéos :
- Les femmes et le TDAH – Dr NADER PERROUD
- TDAH et cycle menstruel – Dr Jonathan Moussa
Articles :


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