Les journaux intimes étaient un peu trop parfaits, alors je voulais écrire de façon impeccable et ça créait un véritable blocage. Le jour où j’ai commencé à écrire sur des feuilles volantes, tout s’est déclenché naturellement et je n’ai jamais pu m’arrêter…
Écrire n’a jamais été un véritable effort pour moi, quoi que je me souviens avoir eu la volonté avant de pouvoir y arriver véritablement. Quand j’étais enfant, dans mes premiers journaux intimes, je me demandais ce que j’allais pouvoir écrire. Je sentais qu’il fallait que je le fasse mais je me demandais ce qui était assez important.
L’écriture est un pouvoir
C’est quand j’étais adolescente que les moments les plus marquants de cet effet se sont déclenchés.
Je pensais trop, et tous les soirs, j’avais dans la tête des phrases qui me venaient. C’étaient des phrases que je comprenais à peine, des mots, des flots intenses de mots…

Il fallait que je trouve un moyen de les canaliser et l’écriture était pour moi, le moyen le plus simple.
J’ai commencé à écrire à la main, puis j’ai écrit sur l’ordinateur. Ce que j’écrivais à la main était souvent brouillon. Cela ressemblait à des millions de feuilles dans des carnets remplis à la fois de lignes régulières comme des lignes déformées et illisibles, des gros mots, des mots raturés, des rayures de colère. Les cahiers étaient principalement des recueils de décharge émotionnelle.
C’est comme si je sortais mes démons avec l’encre sur le papier. J’ai très vite compris que sans ça, il m’était très difficile de trouver le sommeil.
La musique et les mots devaient avoir leur rituel le soir : je transcendais mes émotions grâce à la musique et son effet cathartique, puis je la retranscrivais dans mon carnet.
Des poèmes
La volonté d’écrire des choses plus structurées s’est présentée également à cette période. Lors de mes premiers écrits dans le journal scolaire : des poèmes qui me venaient le soir avant de m’endormir.
Je n’y comprenais rien, je savais juste que c’était sombre et, apparemment, aux yeux des autres assez intelligent et intéressant. C’est difficile à expliquer mais je vous assure que ce que j’écrivais, la plupart du temps, je ne le comprenais pas avant que ce soit écrit.
Faire face à l’isolement
L’écriture m’a sauvé dans les moments les plus sombres de ma vie. En étant adolescente et assez isolée, je confiais la plupart de mes pensées au papier. Ça m’a carrément aidée à vider mon esprit et à ne pas garder ces dites pensées. Cependant, quand je me relisais, j’avais l’impression d’être folle. En décalage constant et souvent déprimée, j’avais pas la sensation d’être normale.
L’ignorance du pouvoir des mots
Cette habitude du carnet a continué à me suivre toute ma vie, dans toutes les différentes étapes.
J’ai continué d’exister à travers l’écriture : je me suis analysée, j’ai écrit en créatif, j’ai aussi écrit mes rêves, je me suis envolée et je me suis retrouvée avec le stylo.
Avant même de réaliser l’importance des mots, je les utilisais et parfois sans le vouloir pour me torturer.
Ce que j’ai pu écrire à moi même était très effrayant. J’ai retourné ma colère contre moi. Avec le recul aujourd’hui, je dirai qu’avec des mots, je me suis mutilé l’esprit.
C’était à double tranchant : les mots avaient un pouvoir salvateur ou un pouvoir destructeur selon comment j’écrivais et selon l’intention que j’y mettais. Mais j’étais vraiment loin d’en avoir conscience.
Changer l’intention
Il y a 6 ans maintenant, j’ai voulu changer la façon dont je me traite. Alors j’ai aussi changé ma façon d’écrire et je m’interdis de m’écrire des mots maltraitants et des insultes. J’avais pris l’habitude d’écrire en étant en roue libre sans le moindre respect envers moi-même, aujourd’hui c’est terminé.

J’ai émis mes propres règles entre moi et moi-même : plus jamais d’insultes, plus jamais de propos dénigrants, apprendre à incorporer de l’amour et de la compassion envers moi, ne jamais renier mes émotions et les accepter et ne pas laisser mes démons prendre le contrôle sur mes écrits.
Les mots sont de la magie
Le livre des accords toltèques m’a aidé à m’en rendre compte, ça explique juste ce que je ressens depuis toujours : tous les mots sont importants et ont une vibration.
Commencer à prendre soin de ce que je pense et de ce que je dis, c’est alors le premier pilier. Et quand j’ai commencé à écrire pour partager sur les réseaux sociaux et le blog, j’ai senti le poids de cette responsabilité limite paralysante au début.
Comment dire les bons mots, écrire les bons mots pour que ce soit bien compris, pour ne pas blesser ?
Tous ces questionnements mettent une pression énorme. Je me suis promis de faire de mon mieux avec les mots qui abondent dans mon esprit. Il me faut donc les ranger régulièrement et en prendre soin, puis en éliminer ou en remplacer certains.
S’autoriser à écrire
Encore plus aujourd’hui, à l’ère où les IA écrivent à notre place, comment s’autoriser à écrire, à être créative, à laisser ces écrits être lus ?
Je me suis posé beaucoup (trop) de questions en ce sens, mais je crois qu’aujourd’hui, c’est juste une question d’assumer pleinement ce que je suis. J’ai toujours écrit de façon assez intensive pour moi-même, et même sur le net depuis plus de dix ans maintenant. Ce que je rendais public, je le sacralisait au point de créer des nœuds au cerveau et de me bloquer moi-même dans cette écriture.

S’autoriser à être soi et à donner de la créativité dans ses contenus de façon publique est d’une difficulté monstre. C’est une façon de tomber le masque et d’oser être nue. Pour y arriver, il faut travailler avec ses propres contradictions. Je n’aurais pas pu le faire sans un travail psychologique profond.
Les mots pour changer les esprits
Le monde a vraiment besoin de s’éveiller sur beaucoup de choses et aussi de re développer son sens critique. Je pense vraiment que les gens ont besoin d’évoluer constamment intérieurement pour amener plus de d’amour et de paix sur terre. C’est un peu fleur bleue dit comme ça, mais j’y crois, j’assume : je rêve d’un avenir meilleur pour les terriens.
L’humain peut potentiellement devenir meilleur en se remettant plus en question et les écrits contribuent à changer les mentalités.
Certains utilisent les mots pour manipuler les gens, les influencer à croire en de fausses idées et renforcer des croyances qui génèrent de la haine. Et d’autres utilisent les mots pour éveiller les gens et les inciter à penser par eux-mêmes en essayant de créer des prises de consciences.
À la base, j’écris uniquement pour moi-même, et quand je le fais, naturellement je change, je grandis. Quand je dépose les mots ici, ils me transforment et me font grandir, mais il est vrai aussi que quand je lis les mots des autres, je grandis encore plus et je change.
Alors, je ne sais pas si je m’autorise à 100% et si je me sens totalement légitime mais je dépose mes mots sans fioriture, sans détour et on verra bien.
« Les paroles s’envolent, les écrits restent »
Ce proverbe est tellement vrai. Il est toujours en moi et dans mes pensées.
Il est souvent employé pour rappeler l’importance d’avoir un écrit surtout dans certaines procédures, ou juste pour faire attention à ce qu’on écrit et comment on l’écrit.
Pour ma part c’est une façon de m’inciter à écrire encore plus, pour avoir le témoignage de mon évolution, avoir des souvenirs écrits.
Pour l’espèce humaine, les écrits remontent à 3300 ans avant nous. Ces écrits nous ont ouvert les portes de connaissances et de témoignages historiques importants. Si on prend juste cette information, on se rend compte à quel point l’écriture est importante pour nous depuis toujours.
Aujourd’hui, avec l’abondance de contenu sur le net, on en oublie la valeur, l’impact, les répercussions et même les traces que ça peut potentiellement laisser pour notre espèce.
Les soins par l’écrit
Avec le temps, j’ai découvert le moyen de me soigner avec l’écriture. Surtout en plein Burn-out, ça devient vital (voir article sur le burn out).
L’écriture a le pouvoir de me soigner :
Dans un premier temps écrire me permet de sortir une idée de mon esprit, un souvenir, un sentiment. Et tout de suite quand c’est exprimé, ça rend les choses plus réelles. L’écriture est utile de la même façon que l’expression orale. Mais un écrit est plus ancré, plus marquant.
Même si je l’écris seulement pour moi même, écrire ce que je ressens me permet de digérer des émotions, un souvenir douloureux. Ça a toujours été une façon de ranger mon esprit.
Exprimer avec mes mots sur le papier rend mon mental moins brouillon et me soulage instantanément même si à la base je procrastine toujours le moment de sortir le stylo et le carnet. Plus c’est douloureux à faire et moins j’en ai envie, plus le soulagement sera là au final.
C’est la meilleure solution pour moi, pour faire face à ma vérité intérieure et commencer à accepter. Le rituel de l’écriture chaque jour avec la règle que je me suis imposée (respect obligatoire et douceur envers moi) est salvateur.
Je le sais depuis longtemps, c’est une thérapie que je me fais à moi-même en plus des thérapies que je pratique à l’extérieur (psychologues, coach etc).
Les écrits stratégiques
Les soins par l’écrit peuvent être aussi amenés avec une intention précise et soigner une douleur en particulier. Pour ma part je l’ai pratiqué et partagé : j’écris des lettres.
Ce sont des lettres qui s’adressent parfois à mes proches, à moi-même, à des anges partis et enfin à mes anges gardiens. J’écris et ça reste secret. Le processus m’appartient. L’intention est de soigner les blessures faites par le passé et qu’il ne m’empêche plus d’avancer mais aussi d’émettre un souhait profond et demander de l’aide à ceux qui ne sont plus ici.
L’écriture comme antidote
Avec une intention choisie, j’ai maintenant plus conscience que jamais, qu’écrire c’est avant tout s’adresser à moi-même, peu importe si le résultat est publié ou non.
J’ai utilisé l’écrit pour apprendre à intégrer des idées qui m’aident à avancer : m’auto encourager, m’écrire avec compassion. L’idée est d’apprendre à se traiter différemment.
Je me suis toujours dit que les lignes qu’on nous faisait écrire à l’école n’étaient pas utilisées de la bonne façon. On a appris à écrire par punition alors que moi, je veux écrire pour me soutenir moi-même.
Choisir les mots
Lorsque l’on s’écrit et que l’on pratique le journaling, on peut choisir des mots pour le réconfort, le soin diriger vers soi ou vers d’autres.
Pour moi, cette pratique renforce la pensée. Écrire des mots de bienveillance, de soutien, de douceur ou d’amour envers soi et envers les autres, c’est une pratique qui envoie une belle énergie. C’est une forme de magie qui transporte nos vibrations du cœur à travers l’encre et le papier.
Ce qu’il faut retenir
Si vous souhaitez vous mettre au journaling, il est préférable de retenir ceci :
- écrire en conscience du pouvoir des mots et en profiter pour pratiquer l’auto compassion
- la pratique est toujours utile (encore plus quand ça ne va pas)
- se mettre un cadre pour éviter que la pratique devienne agressive envers soi-même
- créer un rituel ou une habitude propre à soi
Les ressources qui m’ont aidé à rédiger cet article
Articles :
Livres :
- Les 4 accords toltèques – Miguel Ruiz


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