De l’adoration au questionnement, je vous parle de mes impressions et du message que j’ai perçu en regardant Stranger Things. Une série, qui malgré les nombreuses critiques sur la saison 5, fait partie des meilleures séries Netflix selon moi.
⚠️ Spoiler alerte, il faut avoir vu toutes les saisons de Stranger things et dont la saison 5 pour lire cet article.
Image de couverture : Copyright Netflix -© Stranger Things
La complexité d’un plan réussi
La série Stranger Things, à la base, c’était déjà un scénario intriguant et ambitieux : des gosses jouent à D&D dans les années 80, l’un d’eux se fait enlever et on se rend compte qu’il a été emmené dans un monde parallèle (rien que ça !).
Et puis à côté de ça, on découvre qu’un labo fait des expériences sur des enfants qui ont des pouvoirs psychiques (et finalement ces enfants naissent pour être des expériences, d’où leur chiffre en guise de prénom). Et une enfant parmi eux (Eleven/11) a des pouvoirs télé kinésiques impressionnants. En rencontrant Mike, il décide de la cacher des scientifiques qui la veulent comme rat de laboratoire.
Nostalgie
L’effet nostalgique des années 80 fonctionne à merveille. On s’était déjà aperçu de ça sur d’autres séries ou film, les gens adorent l’ambiance de cette époque et retrouver des objets qu’ils ont utilisés et adoré dans leur enfance ou par le passé (selon les générations).
J’ai adoré dès la première saison l’ambiance, le générique, les personnages, la musique et les valeurs apportées par cette série.
Elle met également en valeur un jeu de rôle qui se démocratise beaucoup plus aujourd’hui : Donjons et Dragons (D&D) qui a véritablement subit de mauvaises critiques dans ces années (voir article de l’INA).
Chacun son rôle et son intelligence
Chaque personnage a une action et une place bien précise. Un bel hommage aux RPG, le scénario touche fortement les amateurs d’univers heroïc fantasy. L’art d’avoir apporté D&D comme socle du scénario dès la première saison, ramène un principe original dans une série : tous les personnages sont principaux. Il n’y en a pas un plus important que les autres, ils se répartissent les tâches et leur union est le seul gage de réussite.
La révélation de Will
Les traumatisés par le passé deviennent forts et redoutables. Vecna s’est laissé surprendre par l’impressionnante transformation de Will qui découvre qu’il peux enfin inverser la tendance et entrer dans son esprit. Il choisis d’assumer sa partie sombre pour enfin lutter et se battre. D’ailleurs, il devient une pièce importante au dernier moment du scénario pour que la mort de Vecna puisse être possible.
La connexion de Will
Même si je trouve ces scènes de fin incroyables, il y a quand même une interrogation qui reste en suspend pour moi : s’il est en lien avec Vecna depuis le début, est-il logique qu’il soit encore en vie même après la mort de celui-ci ?
Nous avons bien compris qu’il n’a plus peur de qui il est et donc il n’a plus de crainte à avoir de l’éventuelle manipulation de V, mais j’avoue que Will semble s’en sortir très facilement malgré la mort de tout l’écosystème du flagelleur mental.
Et pourtant, cette incohérence n’enlève en rien la qualité de cette fin pour moi.
J’y reviens plus bas dans l’article.
Elfe, Eleven, Jane
Cette série met en scène la souffrance des enfants dans un monde impitoyable entre monstres d’un autre monde et les monstres de leur propre monde : Eleven étant la première à souffrir des expériences et de l’avidité de pouvoir des êtres humains, elle ne connaît rien d’une enfance normale et espère depuis longtemps vivre une vie qu’on lui a volé.
Hopper l’a recueillie et élevé en reportant l’amour qu’il aurait pu avoir pour sa propre fille mais également en reportant son trauma sur elle en essayant à tout prix de la protéger.
La prise de conscience de Elfe
Malgré sa nouvelle famille, la rencontre avec sa sœur Kali (huit) lui ouvre les yeux sur ce fantasme de vivre un futur heureux et le décalage avec la réalité de ce qu’elle représente pour les laboratoires : le sang de Henry.
Elle devait prendre une décision difficile, qui je pense, en a dégoûté plus d’un (moi y compris) : celle de disparaître pour éviter que les choses ne se reproduisent. C’est encore l’histoire du sacrifice ultime que l’on retrouve dans beaucoup de films et de scénarios. C’est un choix que l’on peut comprendre et admirer.
Cependant en ayant vu la saison 5 trois fois, je pense que les choses ont bien été pensées pour que la version de Mike (Eleven en fuite en ayant utilisé l’illusion de Eight) tienne la route.
Notamment les détails qui faisait que la première version ne tenait pas : La position des mains et le tremblement des doigts, les appareils à ultra-sons de partout et l’usage de son pouvoir pour parler à Mike, on voit Kali morte mais on entends pas ses dernières paroles.
J’annonce alors que je veux croire à la version de Mike : Eleven n’est pas morte, elle s’est enfui. Le discours de Hopper l’a aidé à choisir cette option et ça a débloqué l’idée dans la tête de Kali.
Pas de happy ending pour Mike
Selon moi, le plus chouette couple de cette série c’est le duo Mike et Eleven, pour cause un des premier couple qui se forme par une mignonne et tendre invitation au bal de l’école.
Un lien perceptible entre les deux personnages et qui créer un attachement indéniable. On veut cette happy ending pour Mike et Eleven mais malheureusement la saison 5 ne le permet pas : ce qui je pense n’a pas du plaire à beaucoup de fans.
Je pense qu’il est important de prendre en compte qu’un bon scénario a le droit de ne pas nous donner ce que l’on veut réellement du moment qu’il est logique et cohérent avec toute l’histoire. Parce que oui, après avoir revue la série, je vous le dit, j’affirme qu’il y a une très bonne cohérence dans ce scénario.
De quoi nous parle Stranger Things dans le fond ?
Une des plus grosses fictions réalisée par Netflix ne pourrait-elle pas se contenter de nous en mettre plein la vue visuellement ? Non, absolument pas.
La série présente plusieurs talents et aussi une profondeur pour nous parler de différents sujets comme : les liens d’amitiés dans toutes les unions.
Elle nous parle de cette amitié qu’on développe dans toutes les relations, amicale, familiale, groupe et dans le couple.
Une histoire d’amitié
L’amitié n’est pas acquise, elle se construit à travers les épreuves et les gens qu’on pouvait juger deviennent de vrais amis en révélant leur véritable nature dans les moments les plus dangereux et les plus difficiles.

C’est pourquoi on voit clairement les disputes que rencontrent chaque membre et leurs défauts relationnels. Plusieurs personnes totalement différentes les unes des autres ne peuvent pas se supporter en étant dans leurs egos respectifs, et deviennent quand même ami(e)s lorsqu’elles doivent affronter le danger, élaborer des plans et collaborer.
Cette série montre à quel point les liens d’amitié peuvent exister également dans le couple et qu’ils n’ont pas besoin d’être différents en étant “officiellement” un couple. Exemple : Nancy et Jonathan en croyant qu’ils vont mourir sont enfin totalement honnête l’un envers l’autre et recréer leur lien (« Friends don’t lie »).
Concrètement : S’il n’y avait pas ces scènes chiantes de disputes entre les uns et les autres, ça enlèverait le côté humain aux héros et aux relations.
Union Vs manipulation
Vecna utilise l’esprit pour manipuler les gens. En comprenant que Will pouvait entrer aussi dans l’esprit de Vecna, j’ai cru qu’il utiliserait la manipulation de son souvenir traumatisant contre lui. Mais non, il n’a pas fait ce choix.
L’équipe des héros n’utilisent pas les mêmes méthodes que le grand méchant de l’histoire et cela paraît logique quand on y repense : contre attaquer de la même façon de ce qu’on juge être ignoble comme action ne fait de nous de meilleures personnes.
Un vrai méchant
Ici je vais peut être avoir un discours vieux jeu, mais j’avais vraiment peur que Vecna soit un méchant « excusable« . La tendance actuelle des Disney au méchant pas si méchant même s’il ajoute de la complexité au personnage quelque fois, a tendance à me lasser. Ici Vecna est un méchant complexe mais il n’est pas excusable pour autant. L’un n’empêche pas l’autre.
Il utilise les traumas pour manipuler ses victimes : la culpabilité, la terreur rend les humains vulnérables et manipulables. La seule façon d’y échapper et de se raccrocher aux souvenirs positifs et d’avoir combattu soi-même ses propres démons, de ne plus avoir peur.
De cette façon, et ce jusqu’à la dernière saison, il obtient ce qu’il veut de ses victimes du moment qu’elles n’ont pas développé de force mentale.
Ces jouets favoris sont donc : les enfants, les personnes qui ont vécu des choses difficiles et qui ont de forts sentiments de culpabilité.
L’araignée incomprise
Henry étant enfant, petit être incompris qui se sent tout de suite supérieur au reste du monde quitte à tuer les trois quarts de sa famille, s’identifie à une forme de vie à part et recluse : l’araignée dans notre monde et le « flagelleur mental » dans l’autre monde (à laquelle il donne une forme d’araignée d’ailleurs). Ceci n’aidant pas les arachnophobes à mieux tolérer ces fameuses bestioles au passage…
Cette image forte du repli sur soi et du sentiment d’opposition à l’être humain nous explique les origines de la folie du personnage.
Le souvenir traumatisant de Vecna
Même les pires pourritures ont des traumas (et peut être même surtout eux).
Dans ce souvenir on apprend l’origine des pouvoirs psychiques d’Henry qui sont liés à ce qui semble être une pierre extra-terrestres rouge.
Cependant nous découvrons aussi le premier choix d’Henry motivé par la peur : prendre une caillasse et éclater la tronche du type au sol qui lui avait préalablement tiré dans la main avec une arme. Ce premier choix qu’il fait à son jeune âge sans même être déjà corrompu par le flagelleur mental est d’une extrême violence.
Ce souvenir pour lui est un traumatisme parce qu’il a eu très peur mais aussi parce qu’il a fait un choix qui part de sa souffrance. Will dit que le flagelleur ne voulait pas qu’Henry retrouve ce souvenir, il y a peut être un peu de ça, mais l’essentiel à retenir c’est la vision qu’Henry a de lui-même.
Quand Henry se souvient de cette scène, il découvre qu’il avait déjà de la haine en lui pour le genre humain, qu’il était déjà capable de violence et dès la possession du pouvoir, sa première action est de tuer.
La série des traumatismes
Le scénario des frères Duffer nous parle des traumatismes dans tous les sens du terme et ce que l’on choisi d’en faire. Est-ce qu’on décide de se laisser bouffer par la haine, ou est-ce qu’on décide d’accepter les marques de ce souvenir sans le laisser influencer nos choix ?
Tous les personnages y passent quasiment : Will, le premier qui vit une des expériences les plus traumatisantes, puis Eleven, puis Nancy et Jonathan (traumatisme partagé), Max, Holly… j’en oublie peut être.
Si on veut prendre le principe opposé de ce qu’il se passe pour Henry, il suffit de prendre l’exemple de Will : il a vécu une expérience terriblement traumatisante, sa colère maitrisée balaye la peur. Il récupère les compétences de ce traumatisme pour en faire des compétences utiles afin d’aider les autres. C’est une transformation positive du trauma motivée par l’amour et non par la haine.
Les femmes au combat
La dernière saison de la série nous offre une mise en avant des personnages féminins complétement badasses plus que satisfaisante. Que dire de Nancy en version Rambo portée par l’instinct protecteur de sa famille qui devient une véritable guerrière qui est prête à en découdre ? J’ai tout simplement adoré.
Les personnages de Max, Holly, Eleven, Nancy, Robin et Erica sont tout bonnement incroyables et chacune avec leur propre style amène de la puissance. La place des filles et des femmes dans Stranger Things est largement mise en valeur et ça fait du bien. C’est fait avec tant de naturel qu’on pourrait croire que ce récit date véritablement des années 80 alors qu’à cette époque, la place des femmes auraient été bien différente.
Holly the heroic
Stranger things n’a jamais eu peur d’amener de la cruauté envers les enfants dans le scénario (merci pour ça, ça amène de la crédibilité). Et la saison 5 n’est vraiment pas tendre avec Holly…c’est vraiment le moins qu’on puisse dire !
Elle-même étant une référence à Alice au pays des merveille, elle montre un courage incroyable et on s’attache facilement à elle. Holly subi pendant toute la dernière saison mais elle devient également une guide puissante pour les autres enfants.
Elle représente aussi la génération qui prendra la relève pour les futures aventures. Cela ne veut pas dire qu’il y aura une suite mais c’est une porte pour nous laisser l’imaginer, d’ailleurs à la fin elle vient lancer une partie de D&D dans le même sous-sol que l’équipe de héros de ce récit.
Les mamans
Ce scénario de la saison 5 nous offre une lumière sur les sentiments d’une mère à qui on arrache son enfant (ce qui était déjà le cas avec Joyce dans la saison 1). On nous parle des liens que peut avoir une mère et de ce que l’amour maternel peut engendrer comme puissance.
Pendant que Joyce apprends à se défaire de son envie de surprotéger son fils pour qu’il puisse aller combattre, de l’autre côté on assiste à l’intervention et la présence de Karen Wheeler qui est une clé d’une grande valeur et qui démontre la force et l’énergie d’une mère.
Même Karen a eu le droit à une grande transformation et ça en une saison. La puissance de ce scénario c’est aussi la façon dont il fait grandir et évoluer plusieurs personnages différents et il le fait juste assez sans exagérer.
Une fin qui n’a pas plu à tout le monde
J’ai lu des commentaires bien trop durs pour ce scénario : certains ont même affirmé que l’écriture de la saison 5 était complètement ratée… Je suis choquée d’avoir vu ce genre de propos circuler.
Comment est-ce qu’on peut dénigrer le travail incommensurable qu’une telle écriture a pu demander ? Sans oublier l’écriture sous la pression et les coupures obligatoires parce qu’il faut réaliser un tournage dans des délais impartis également.
Selon moi, les personnes qui critiquent de cette façon ne réalisent absolument pas le travail que cela représente. Le scénario a des défauts, il n’est pas parfait mais on ne peut pas dire qu’il n’est pas bon !
Les critiques sont sûrement principalement basées sur la frustration de voir finir une série et de ne pas nous donner ce qu’on attendait : une happy ending aussi pour Mike et Eleven.
Ce déni collectif a laissé place à de fausses rumeurs et de faux espoirs autour d’une véritable fin qui sortirait par surprise. Et si la déception de dire au revoir à nos personnages préférés nous donnait des biais pour éviter d’apprécier un ultime épisode ?
Stranger things : chronique de 1985
Malgré la fin du récit, les frères Duffer nous offre du contenu supplémentaire pour encore nous divertir avec l’univers de la série. Une série d’animation avec les mêmes personnages de la série qui raconte de nouvelles aventures.
Un spin off qu’il me tarde de découvrir qui sortira le 23 avril 2026.

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