Rupture amicale, une douleur silencieuse et indélébile

deux silhouettes qui se tournent le dos derrière du verre brisé, représentation d'une amitié cassée.

On rêve souvent d’une grande amitié qui dure toujours, on pense parfois naïvement qu’une personne qui entre dans notre vie à laquelle on tient beaucoup va y rester de manière indéterminée. On ne se doute jamais qu’une rupture peut arriver et pourtant la rupture amicale est probablement la plus répandue et comme la rupture amoureuse, elle crée une cicatrice à vie.

Cela m’est arrivé récemment et je souhaite vous partager mon expérience, car une rupture amicale fait extrêmement mal. On a tendance à sous-estimer l’importance d’un deuil d’une amitié.

Photo : U.Ozel.images – Getty images

Même après en avoir vécu plusieurs, j’ai voulu faire comme si c’était une légère blessure alors qu’une fin de relation peut me mettre littéralement à terre.

Pourquoi mon ami(e) n’est plus mon amie en une demie journée ?

Il n’y avait pas de signes avant coureur (parfois il n’y en a pas), ou alors je les ai probablement oubliés, ou je n’ai pas voulu les voir. Et un jour une amitié que je pensais solide a volé en éclats.

Il m’a fallu beaucoup de recul pour comprendre où est-ce que j’avais pu jouer en rôle dans cette rupture. Quelque fois quand ça arrive, il faut accepter de ne pas avoir la réponse tout de suite et juste respecter les faits inévitables et incontrôlables.

Photo : Sergio Rodriguez – Canva

J’ai découvert qu’avant, je faisais partie des gens qui sont capables de ghoster sur une seule décision, sur un malentendu, sur une conversation qui a mal tourné, sur une seule, une malheureuse incompréhension.

Rupture brutale

Avec certaines relations, c’était une accumulation non exprimée. Durant cette accumulation, comme dans une relation amoureuse, il y a un décompte invisible et petit à petit.

Mentalement, on commence à se faire à l’idée d’une éventuelle rupture. On commence un deuil avant la véritable fin de relation, jusqu’à une dispute qui ouvre la porte de sortie pour la claquer au nez de l’autre.

Deux cas différents se présentent :

  • Fuir plutôt que d’affronter la difficulté.
  • Se retrouver débordé(e) par des limites qui auraient dû être posées depuis très longtemps et qu’on a laissé franchir sans réagir jusqu’à ce que ça explose.

Je pense honnêtement avoir pratiqué les deux. La peur du rejet aidant énormément à installer ces deux situations.

Changer pour ne plus refaire les mêmes erreurs

Puis depuis quelques année, j’ai appris à (du moins le plus possible) ouvrir le dialogue et parler des choses même si elles sont inconfortables et qu’on a très peur du conflit, pour éviter de laisser une accumulation de malentendus.

J’ai du apprendre à poser mes limites sans avoir cette gêne de peur de ne pas être acceptée. Et c’est à partir de là que j’ai commencé à être vraiment moi-même et apprécié(e) pour ce que je suis.

Je regrette d’avoir fait partie de celles qui ghostent parce qu’il y a peu, je me suis retrouvé face à ce comportement qui aurait pu être l’ancien moi.

Je sais, maintenant, ce que c’est que d’être ghostée et rejetée du jour au lendemain.

Les non dits qui tue la relation

On dit souvent que la clé d’une relation c’est la communication, mais on est totalement paumés avec ça la plupart du temps.

L’art de se parler et d’être en totale franchise, choisir de dire ce qui est juste, choisir de dire ou de se taire, c’est une vraie compétence à développer.

Le dialogue, ce n’est pas du « blabla » pour rester en surface. Se parler, ce n’est pas combler le vide et dire tout et n’importe quoi.

Le vrai dialogue va souvent là où on ne veut pas aller, parce que c’est pas confortable. Quand on se parle vrai, on fait face à des sentiments dont parfois nous pouvons avoir honte : la jalousie, la peur d’être trahie, le rejet, le manque de reconnaissance, la peur d’être abandonné(e).

Parler entre ami(e)s

Le jour où j’ai commencé à parler pour exprimer mes besoins dans une amitié, il a fallu aussi que je sache exprimer mes faiblesses et prendre de la distance avec mes comportements. Mais il a aussi fallu que je mette de la structure dans mes pensées pour pouvoir en parler.

Nous devons être prêt(e)s à nous dévoiler à l’autre, parce que bien souvent les premières frictions peuvent vite être désamorcées et les limites personnelles doivent être posées.

C’est impossible sans ça. Ça fait partie du jeu. Dans la relation, il est nécessaire d’être authentique dans ses douleurs, ses défauts et ses besoins.

La franchise ne dispense pas le respect

Cependant il ne s’agit pas d’exprimer tout est n’importe quoi. Parler c’est aussi user d’un grand pouvoir. Beaucoup d’entre nous ont peur de blesser surtout quand on connaît le poids et l’importance des mots.

Personnellement, j’ai du apprendre à choisir mon intention avant de parler. Cela veut dire que je dois prendre en compte de l’impact que cela va avoir et essayer de parler des choses qui sont vraiment importantes pour moi et de quelle posture ça part en moi.

Cela demande beaucoup de recul.

Oublier au lieu d’exprimer, ça ne fonctionne pas

Quand on se retient d’exprimer quelque chose qui nous à gêné, cela ne disparaît JAMAIS ! Ça se stocke dans un coin de notre tête et de notre corps pour ressortir quand il s’agira de se taper la dixième situation qui nous pose problème.

Cela contribue à faire une somme de ce que l’on ne veut pas alors qu’on avait pas exprimé dès le début ce que l’on souhaitait.

On imagine à tort que l’autre le sait. Et qu’elle/il sait exactement ce qu’il/elle fait quand il/elle est en train de nous blesser dans son comportement sur lequel on avait rien dit jusqu’à ce que ça explose…

Les incompréhensions choisies versus une relation

Construire une véritable relation, ça demande de vrais efforts (et d’être dans l’inconfort) et je ne l’ai appris que bien trop tard.

Ce n’est pas une affaire de chance, ce n’est pas une affaire de “compatibilité” et de “compréhension naturelle”. C’est une affaire de construction à deux.

Même avec ta meilleure amie depuis dix ans, tu peut rencontrer une situation ou vous ne vous comprenez pas, et des deux côtés cela vous semble pourtant “évident”; et si vous n’avez pas l’habitude de communiquer de la façon la plus authentique et de choisir l’inconfort dans votre communication, vous pouvez saboter votre relation en une après midi/une soirée…

C’est super important de comprendre que dans les relations, ton ego est parfois le pire poison pour la relation et il te fera aller dans un grand mécanisme de sabotage.

Les choix inconscients

Même si tu as besoin d’avoir de l’ego pour poser tes limites claires, il se peut quand même que sans le savoir tu ais choisis l’incompréhension (et après tu peux te plaindre de ne pas te sentir compris(e) ^^) :

  • Choisir de ne pas dialoguer = choisir l’incompréhension ;
  • Choisir de ne rien dire = choisir l’incompréhension ;
  • Choisir d’attendre des excuses sans qu’il y ai eu de vrai dialogue = choisir l’incompréhension ;
  • Choisir de fuir la confrontation et/ou la conversation = choisir l’incompréhension ;

Combien de fois par le passé, j’ai choisis l’incompréhension parce que je me suis sentie vexée, parce que j’avais peur du conflit. J’étais incapable d’exprimer clairement mes limites et ce que je ressentais.

Bien sur que c’était un choix, c’était un choix par peur, par crainte de ne pas réussir à me faire entendre et de manque de confiance en l’autre pour comprendre mes propos, peur de me sentir rejeté même si j’arrivais à m’exprimer.

Une vitre brisée pour illustrée la rupture amicale et la douleur de cette rupture
photo : alexander Grey

Quand tu choisis l’incompréhension

Choisir l’incompréhension dans ta relation amicale, c’est littéralement te tirer une balle dans le pied.

T’as l’impression que c’est plus facile sur le moment mais sur le long terme tu en souffres et tu risques d’avoir peu de vraies amitiés. Et quand bien même t’avais essayé avant de t’exprimer et que tu n’avais pas eu le résultat escompté, cela se travaille avec le temps, il ne s’agit pas d’essayer une fois pour réussir à progresser. Choisir l’incompréhension et abandonner le dialogue, abandonner l’inconfort et l’effort dans une relation, c’est de l’auto sabotage (et ça on sait très bien le faire).

Ce n’est pas l’envie qui fait que la relation se termine. Personnellement, je n’ai jamais eu envie de bousiller une relation consciemment et pourtant, j’en ai auto saboté plein ! En amitié, il est facile de se dire :  » je n’ai pas eu de chance » et il est plus difficile de reconnaître sa propre responsabilité dans la rupture.

Souvent, le libre arbitre se cache dans l’inconscient.

La vraie relation

Construire la vraie relation, c’est celle où l’on peut s’exprimer sans contraintes, et enfin devenir plus à l’aise avec les conflits. Les conflits sont normaux, ils installent une véritable connaissance des personnalités. Puisque c’est dans la résolution de ces conflits que vivent les limites, l’authenticité de chacun en laissant l’ego de côté.

On a besoin d’un malaise, d’une confrontation, d’un vrai dialogue profond pour enfin laisser tomber le masque de l’ego avec tout ce qu’il comporte : syndrome du sauveur, imposteur, blessure du rejet, d’abandon, de trahison etc…

Le masque, c’est la défensive de toutes les cicatrices du passé.

Créer une véritable amitié

Quand tu entres dans la discussion profonde, tu acceptes de montrer que tu es vulnérable, ton authenticité et ton humanité profonde. Tu acceptes de donner un point de vue qui risque de ne pas plaire à l’autre.

La véritable relation d’amitié n’a plus peur des disputes et des conflits, elle avance en prenant le meilleur et en sachant ouvrir tous les dialogues.

Une vraie amitié, c’est une équipe pour affronter la vie et être soutenu(e), mais aussi pour nous aider à progresser et à se remettre en question quand c’est nécessaire.

Une véritable amitié, ce n’est pas un doudou confortable, c’est un ange gardien au-dessus de l’épaule qui sait te mettre une tape derrière la tête si jamais tu t’endors sur une autoroute.

Pour qu’une amitié existe, ton vrai toi doit être visible et exprimé.

Quand tu crois que c’est acquis

Avoir une relation de longue date, c’est aussi avoir tendance à se reposer sur ses acquis, exactement comme une relation amoureuse.

On devient fainéant à faire des efforts. On a trop ancré dans notre esprit que rien ne changera et on oublie de dire à ces personnes qu’elles comptent toujours à nos yeux. L’exercice d’avoir les dialogues nécessaires à régler un malentendu perd de son élan et parfois on ne l’applique plus, alors qu’on le faisait avant.

Les efforts pour passer du temps avec la personne ne se font que d’un côté et ça devient un mécanisme automatique et normalisé.

On est humains alors on est programmés pour être un peu feignant.

Par contre, c’est utile de se rendre compte de la tournure que prend une relation et de se poser les bonnes questions si elle commence à se dissoudre.

Libre arbitre amical

L’année dernière, juste avant la période de mon Burn out (et ça a surement pesé dans la balance), une amie a décidé de me quitter. J’avais peut être mal agis, mais je n’ai pas eu l’occasion de m’expliquer. Pour moi j’ai été quitté par une incompréhension choisie.

C’était donc un choix et je devais l’accepter.

Peu importe les différentes situations, et de la même façon qu’en amour, on ne peut pas tout contrôler.

On ne peut pas choisir à la place de l’autre.

Une relation, c’est deux parties et donc deux libre arbitre. Les deux personnes doivent avoir envie, doivent vouloir encore être amies.

On ne peut pas refuser une rupture si l’autre décide qu’il/elle n’a plus envie de poursuivre cette amitié.

Peu importe les arguments, c’est une option qui existe, l’autre ne veut plus et on est dans l’obligation d’accepter les arguments et le sabotage de l’autre.

Oui, c’est quasiment impossible que l’autre soit totalement honnête envers soi ou avec nous pour dire “je ne veux plus être amie avec toi juste parce que je n’ai plus envie”.

Accepter cette rupture amicale

Souvent en grande souffrance d’injustice, celui/celle qui subit la rupture cherche une vraie raison et n’en trouve parfois pas du tout. Se faire quitter comme en relation amoureuse, sans raison valable, est très douloureux.

On a l’impression de se sentir rejeté et que c’est de la faute de notre façon d’être alors que non, c’est juste la volonté qui a changé et ça on y peut absolument rien.

On ne peut pas contrôler la volonté des gens, cela leur appartient entièrement.

Guérir d’une rupture prend du temps. Il n’y a pas toujours de vraies bonnes raisons, et même s’il y en a, elles viendront peut-être plus tard à toi. T’es pas forcément responsable de tout, et si tu as fait des erreurs, prends le temps de te pardonner.

Les relations nous aident à nous développer, elles apportent leurs lots de joies et de souffrances.

Ce que j’en retiens

  • Je prendrais plus soin de mes ami(e)s actuels
  • Je fais de mon mieux pour les garder mais je ne peux pas forcer les choses
  • Tout n’arrive pas toujours pour une bonne raison
  • Dans une relation les deux parties sont responsables

Les ressources qui m’ont aidé à écrire cet article

voilà les ressources qui m’ont aidé dans cette période et qui m’ont permise d’écrire cet article :

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